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Mexique : la répression des écoles rurales

Au Mexique, le massacre de trois étudiants, l’enlèvement de quarante-trois autres et les découvertes successives de plusieurs fosses clandestines dans l’État de Guerrero plongent le pays dans une crise sans précédent, une large part de la population dénonçant des « crimes d’État». L’espoir des familles de retrouver leurs enfants vivants s’est écroulé avec l’ identification d’un des jeunes disparus parmi les restes calcinés fournis aux experts indépendants. Au centre de la tragédie mexicaine, la très militante école normale rurale Ayotzinapa a connu une longue histoire de répression.

Depuis l’escalier de pierre qui descend de la route de Tixtla, l’école normale rurale Raúl Isidro Burgos, surnommée Ayotzinapa, donne l’impression d’un discret édifice paisiblement niché dans la Sierra del Culebreado. À l’intérieur de l’enceinte, pourtant, l’internat des futurs enseignants est en ébullition. Réunis en assemblée, plusieurs collectifs – étudiants normaliens, parents des victimes, enseignants radicalisés contre la réforme de l’éducation, organisations paysannes et polices communautaires – organisent au jour le jour la mobilisation. Devant le portail, des membres des autodéfenses communautaires se relaient jour et nuit. Des étudiants d’autres écoles normales jumelles sont venus en solidarité, des habitants des villages alentours distribuent de la nourriture. Au centre du terrain de basket se dresse un autel mortuaire, où figurent les visages des trois étudiants assassinés, ainsi que des bougies pour les quarante-trois disparus.

Un héritage militant

« Ayotzinapa signifie “l’endroit des tortues”, raconte Pueblita, étudiant en deuxième année âgé de 20 ans. Avant il y avait une hacienda bordée de petites rivières où les tortues étaient abondantes. » Sur les flancs de l’école s’étendent des champs de maïs et de milpa, d’orangers et de citronniers, de tierso pelo violets et cempazúchitl oranges – les fleurs traditionnelles du jour des morts. « Les champs environnants, raconte-t-il, ont été semés par les étudiants de première année. Beaucoup d’entre eux ont disparu. » Sur un mur orné d’un portrait d’Emiliano Zapata reposent un vieux tracteur et des brouettes couverts par la rouille. « L’école abrite 510 élèves. Tous sont des fils de paysans. L’école est gratuite. Nous recevons une bourse de 38 pesos (2,25 euros) par mois. Mais elle manque de moyens », dit-il en montrant les dortoirs vétustes où des matelas nus sont assemblés sur le sol. « Là où nous allons enseigner, dans les villages, ce sont les communautés qui nous nourrissent. Chaque jour à tour de rôle, un enfant nous amène à manger. »

Les fresques de figures révolutionnaires sur les murs témoignent de l’héritage militant de l’école. Pueblita poursuit fièrement :

« Ici plus qu’ailleurs, on nous apprend à exiger nos droits de citoyens. Dans les autres écoles, on n’apprend pas cela. L’article 6 de la Constitution mexicaine donne le droit à tout citoyen de manifester. L’article 3 mentionne que l’éducation doit être laïque et gratuite. C’est pour cela que nous manifestons. »

Les articles de la Constitution Mexicaine, traduits en français

Ce 26 septembre, cent quarante-trois étudiants de première année d’Ayotzinapa étaient partis à Iguala pour récolter de l’argent afin de se rendre à la capitale pour commémorer le massacre du 2 octobre 1968, où plusieurs centaines d’étudiants contestataires tombèrent sous les balles de la police et de milices dans le quartier de Tlatelolco. C’est sur le retour que les bus qui transportaient les étudiants ont été pris pour cible par les policiers municipaux.

Que s’est-il passé ?

José, un jeune homme de 19 ans habillé de jeans et d’un t-shirt rouge délavé, raconte, les yeux embués d’images qu’il n’oubliera jamais :

<em>À la sortie d’Iguala, la patrouille nous a fait descendre, nous a immédiatement visés et a commencé à tirer. Nous avons couru comme nous avons pu. La police municipale bloquait toutes les routes. Une vingtaine d’entre nous a grimpé sur une colline qui était habitée. Nous avons encore entendu tirer. Une dame a crié “Laissez-les tranquilles !”. Nous avons frappé à sa porte, “Tia, laissez nous entrer s’il vous plaît !”. Elle a accepté de nous héberger pour la nuit. Nous avons essayé de nous reposer, mais c’était impossible.</em> <em>Vers 4 ou 5 heures, nous avons quitté la maison après avoir remercié cette dame en l’embrassant. Comment pouvions-nous la remercier autrement ?</em> José

Le groupe a pu contacter et rejoindre d’autres compagnons, réfugiés auprès de la police fédérale. « Les fédéraux qui sont venus nous chercher tremblaient. Eux aussi avaient peur, se souvient le jeune homme. On nous a informés qu’il y avait un corps qu’il fallait aller reconnaître. Ce qu’ils lui avaient fait n’est pas humain. Ils l’avaient dépecé. Le corps portait des ecchymoses, des traces de coups. Nous l’avons reconnu par ses vêtements. C’était le compagnon Chilango. » Le regard de l’étudiant s’assombrit encore. « Sur les vingt gars de mon dortoir, dix ont disparu, dix sont revenus. Nous étions trois amis d’enfance, Ernesto, Angel et moi. Jamais nous ne nous séparions. Aucun des deux n’est revenu. Que s’est-il passé ? » 

Le maire d’Iguala, José Luis Abarca, et son épouse, Maria de Los Angeles Pineda, qui donnait alors une fête de charité, sont accusés d’avoir ordonné l’attaque et la livraison des étudiants au cartel narcotrafiquant des Guerreros unidos. Le 27e Bataillon d’infanterie de l’armée se trouvait proche du lieu de l’attaque mais n’a rien fait pour venir en aide aux étudiants. Son commandant, José Rodríguez Pérez, faisait partie des convives de la fête. À Iguala, l’armée est également accusée de la disparition de six jeunes gens en mai 2010. Une enquête menée  avec le soutien du Programme de journalisme d’investigation de l’université de Berkeley sur la base de déclarations judiciaires, de vidéos prises par téléphones portables le soir de l’attaque et de témoignages –  publiée par le journal Proceso - met en cause directement la police fédérale et l’armée. Des documents cités par le journal montrent que les étudiants étaient suivis par les forces de l’ordre ce jour-là. L’attaque aurait eu pour intention de viser des éléments du Comité de Lucha Estudiantil (l’organe de décision de l’école) et des « activistes politiques en formation » du Comité d’orientation politique et idéologique (COPI) d’Ayotzinapa. La CNDH (Comission nationale des droits humains) a demandé une enquête approfondie.

Derrière l’étudiant, sur le mur rouge de la Maison du militant du 12 décembre, avec les portraits de Staline, de Guevara et du guérilléro mexicain Lucio Cabañas sont inscrits ces mots calligraphiés :

« À nos compagnons tombés. Nous ne les avons pas enterrés, nous les avons semés, pour que fleurisse la liberté. »

Le 12 décembre 2011, deux étudiants d’Ayotzinapa avaient été abattus par la police sur l’autoroute du Soleil, qui relie Iguala à la capitale, alors qu’ils manifestaient dans le but de demander plus de moyens pour l’école.

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Un étudiant de l'école d'Ayotzinapa devant la Maison du militant du 12 décembre  © Heriberto Paredes, Agencia Subversiones
Un étudiant de l'école d'Ayotzinapa devant la Maison du militant du 12 décembre © Heriberto Paredes, Agencia Subversiones

La légende noire des écoles rurales

Le Parti des pauvres est né après un massacre collectif dans une école primaire du village d’Atoyac en 1967 et regroupait des petits paysans. Lucio Cabañas est tombé sous les balles de l’armée en 1974, lors d’une embuscade. Les compagnons de Cabañas ont été traqués pendant plusieurs décennies, presque tous ont été tués ou ont disparu. Selon une liste établie par la Commission nationale des droits humains (CNDH), au moins trois cents personnes ont disparu pendant la « guerre sale » rien qu’à Atoyac, mais ce nombre pourrait s’élever à plus de six cents selon les habitant.

Tanalis Padilla, historienne au Dartmouth College, aux États-Unis, et spécialiste des mouvements révolutionnaires paysans, rappelle que, par le passé, les étudiants des écoles normales rurales ont constamment été visés par les autorités. « Ces écoles nées en 1935 dans un contexte socialiste, précise-t-elle, sont héritières des principes de la révolution établis sous le gouvernement de Lázaro Cárdenas, qui a amorcé à cette époque les réformes agraires et éducatives. L’éducation rurale était l’une des priorités du gouvernement, notamment pour que les enseignants implantés dans les communautés aident les paysans à réclamer les Ejidos communautaires (terres communales). » Les écoles normales rurales, construites pour la plupart sur des haciendas expropriées, sont organisées en structures coopératives, selon le principe d’autosuffisance et d’autogouvernance, et forment ensemble les futurs enseignants et les paysans qui seront des organisateurs communautaires et des guides de la révolution. Les gouvernements suivants, qui ont vidé les réformes de leur contenu révolutionnaire et transformé le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) en régime dictatorial au service de l’oligarchie, ont tout fait pour « mater » ces écoles. En mars 1968, le journal El Universal publiait une déclaration de la Confédération de la jeunesse du Mexique, organisation liée au PRI, affirmant que : « Les écoles normales rurales, contaminées par des sentiments anti-patriotiques, devraient être fermées. Elles sont devenues le centre de l’agitation politique et il est trop coûteux d’entretenir ces institutions parasites ». En 1969, le président Gustavo Diaz Ordaz ordonne la fermeture de 14 des 29 écoles rurales, qu’il considère comme des « nids de communistes », et ouvre une période de criminalisation systématique des étudiants, la « guerra sucia » (la « guerre sale »), au cours de laquelle les militaires mexicains eurent recours aux disparitions forcées et à la torture pour réprimer les mouvements d’opposition.

À cette époque, l’État de Guerrero est le théâtre d’une révolte civique à laquelle le gouvernement fédéral répond par la force, notamment lors des massacres de Chilpancingo, en 1960, et d’Iguala, en 1962. Par la suite, l’organe de coordination des écoles normales rurales, la Federación de Estudiantes Campesinos Socialistas de México (FECSM), se radicalise avec les mouvements étudiants. Lucio Cabañas, professeur, ancien élève d’Ayotzinapa et fondateur du Parti des pauvres, qui est à la tête du FECSM de 1963 à 1965, marque la nécessité de passer à la révolte armée. Il tombe sous les balles de l’armée en 1974, il y a tout juste 40 ans. En 1994, au moment où l’Armée zapatiste de libération nationale entre en insurrection au Chiapas, une nouvelle rébellion paysanne éclate au Guerrero. Elle est écrasée dans le sang le 28 juin 1995, à Aguas blancas, où dix-sept paysans membres de l’Organización Campesina de la Sierra del Sur (OCSS) trouvent la mort et vingt-et-un autres sont blessés.

En 1994, le Mexique a signé avec les États-Unis et le Canada l’Accord de libre échange nord-américain (Alena).

L’attaque d’Iguala et la découverte de fosses communes dans l’État de Guerrero rappellent les pires heures de la répression. Depuis l’arrivée du Parti de la révolution démocratique (PRD) au pouvoir, en 2005, sept cents personnes ont été déclarées disparues au Guerrero, plus que pendant les dix années qu’a durées la « guerre sale ». « Au Mexique on ne tue pas seulement des délinquants, mais aussi des leaders sociaux, affirme Tanalis Padilla. Cette criminalisation de la part d’un pouvoir dont on ne sait pas où se termine le gouvernement et où commence le narcoétat continue, alors que la pauvreté s’est accentuée au Mexique avec le traité de libre échange de 1994 mais aussi la privatisation des terres communales. Le gouvernement mexicain impose des réformes structurelles libérales au nom d’un projet de modernisation, d’efficacité, de mondialisation. Les écoles normales rurales ne rentrent pas dans ce projet. »

Silvia Mendez, administratrice du Centre des droits de l’Homme Paso del Norte à Ciudad Juarez. vidéo : Edouard de la Rochefordière, Jonathan Vaudey

« Au Mexique, il est plus dangereux d’être étudiant que délinquant »

Partout, « Les 43 » sont devenus le symbole d’une immense colère devant la violence qui touche toute la population mexicaine, et d’un appel au changement. Les slogans « Pas un disparu de plus », « Je suis fatigué d’avoir peur », « Qu’ils s’en aillent tous ! » ou encore « L’État est mort » sont repris sans relâche dans tous les États du Mexique. Dans les grandes villes, les 43 ont mobilisé un mouvement étudiant sans précédent. Les manifestations ont culminé le 20 novembre, jour de la révolution mexicaine, où, pour la première fois, le défilé militaire de la place du Zocalo, à Mexico, a laissé place à des dizaines de milliers de personnes manifestant leur solidarité avec les étudiants d’Ayotzinapa, appelant à la démission du président. « Au Mexique, il est plus dangereux d’être étudiant que délinquant », affichait une banderole. Une jeune fille présentait silencieusement une pancarte sur laquelle on pouvait lire : « Mexique, ne meure pas. Mexique, ne me tue pas ».

La lenteur, les silences et les contradictions de l’enquête ont suscité l’ire des Mexicains contre le gouvernement. Le président M. Enrique Peña Nieto, qui a attendu plus de deux mois pour se rendre dans l’Etat de Guerrero, avait préféré se rendre en Chine pour un voyage d’affaire au plus fort de la crise. Le pays lui reproche de privilégier les impératifs économiques à ceux de la sécurité des Mexicains. Alors que le parti au pouvoir se défausse sur le crime organisé et le parti d’opposition (PRD), dont fait partie le maire d’Iguala José Luis Abarca, Human Rights Watch rappelle que le gouvernement avait été informé par des organisations civiles des liens du maire et son épouse avec le cartel narcotrafiquant des Guerreros unidos. Abarca, qui apparaît dans une photo largement relayée dans les médias aux côtés du président, avait été courtisé par les deux partis, le PRD et le PRI, lors des élections municipales de juin 2012. Le PRD, qui représentait une opposition crédible lors des élections (aux résultats contestés) de 2012, est aujourd’hui en pleine désintégration : Abarca incarcéré, le gouverneur de Guerrero, Angel Aguirre, ainsi que le fondateur du parti, Cuauhtémoc Cárdenas, ont démissionné.

Le retour du PRI au pouvoir en 2012 avec l’élection de M. Peña Nieto avait suscité l’espoir de mettre fin à la guerre sans issue menée par son prédécesseur contre les cartels narcotrafiquants, qui a laissé près de 80 000 morts et 22 000 disparus. Les événements d’Iguala valent constat d’échec. Pire encore, ils marquent une nouvelle étape dans la montée de la violence et de la corruption, en apportant la preuve que les criminels du Narco assassinent de la main même de l’Etat. Selon Edgardo Buscaglia, spécialiste de la lutte contre le crime organisé, plus de 77% des municipalités sont infiltrés par les groupes narcotraficants. « Dans ce pays, la violence n’est pas un cancer, c’est un virus qui agit comme le sida, il tue toutes les défenses immunitaires. Si le Mexique est dans cet Etat, c’est parce qu’on a éliminé les défenses de la société civile » analyse Ivan, professeur de philosophie à l’Université nationale autonome de Mexico (UNAM).

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Depuis l’arrivée du Parti de la révolution démocratique (PRD) au pouvoir, en 2005, sept cents personnes ont été déclarées disparues au Guerrero  © Heriberto Paredes, Agencia Subversiones
Depuis l’arrivée du Parti de la révolution démocratique (PRD) au pouvoir, en 2005, sept cents personnes ont été déclarées disparues au Guerrero © Heriberto Paredes, Agencia Subversiones

Le gouvernement a perdu la confiance de ses citoyens pour faire la lumière sur les crimes. Selon le ministre de la justice Jesús Murillo Karam, l’identification (le 6 décembre) des restes d’Alexander Mora Venancio, l’un des 43 étudiants disparus d’Ayotzinapa, par l’équipe indépendante de scientifiques argentins confirme la thèse officielle selon laquelle les étudiants ont été livrés par la police municipale à un cartel de narcotrafiquants – les Guerreros unidos – qui les aurait exécutés puis brûlés sur un bûcher pendant plus de 9 heures dans une décharge près de Cocula, à quelques kilomètres d’Iguala, avant de disperser leurs cendres dans une rivière. Cependant, outre les témoignages discordants des habitants des environs qui affirment ne pas avoir vu de bûcher durant cette nuit pluvieuse, le fait que les restes aient été trouvés par la police fédérale à quelques mètres de la première fosse découverte plus de deux mois auparavant par les mêmes agents suscite la perplexité. Les experts argentins ont d’ailleurs précisé que si les fragments d’os analysés sont bien ceux du jeune étudiant, ils ne peuvent garantir que ceux-ci proviennent des fosses indiqués par le gouvernement. Les médecins légistes sont issus de l’Equipe argentine d’anthropologie médicolégale (EAAF) – crée en 1984 pour appuyer les Mères de la place de  mai dans la recherche des milliers de disparus sous la dictature argentine (1976-1983). Leur expertise, mondialement reconnue, s’est exercée dans de nombreux contextes de disparition forcée de citoyens – en Argentine, en Bosnie, en Haïti ou encore au Congo… l’équipe est  déjà intervenue à plusieurs reprises au Mexique, la première fois en 1993 pour enquêter sur la disparition de femmes à Ciudad Juarez.

À Guerrero, la contestation a pris un tour radical. Après le blocage pacifique des stations de télévision et de radio, des autoroutes, des centres commerciaux et des aéroports, les manifestants ont incendié les symboles du pouvoir : la mairie d’Iguala, les sièges des grands partis et la maison du gouverneur. Les enseignants en grève de la Coordinadora Estatal de Trabajadores de la Educacion de Guerrero (Ceteg) occupent la place de Chilpancingo, la capitale de l’État, et tentent d’occuper les mairies. Un scénario qui rappelle l’insurrection autonomiste du Chiapas en 1994 et celle d’Oaxaca en 2006. Les insurgés des deux Etats ont manifesté leur solidarité avec les victimes de Guerrero. Des organisations guérilléras – l’Ejército Popular Revolucionario (EPR) et l’Ejercito Revolucionario del Pueblo Insurgente (ERPI) – silencieuses depuis plusieurs années, ont émis des messages de soutien aux étudiants et de dénonciation des crimes d’Etat. Les autorités ont manifesté leur inquiétude d’une réactivation de la lutte armée au Guerrero.

« Le Mexique est une fosse clandestine »

L’Etat, qui s’étend du Sud de Mexico au Pacifique, compte l’une des populations les plus pauvres du Mexique, et abrite en sous sol les plus grandes mines d’or d’Amérique latine, et dans ses fertiles vallées, pourtant fortement militarisées, les plus vastes champs d’amapolas du pays – les fleurs rouge vif dont on extrait la précieuse sève servant à produire l’héroïne et l’opium destinés au voisin du nord. La disparition des étudiants d’Iguala a levé le voile sur un sordide système de disparition forcée, qui maintient depuis plusieurs années la population dans la terreur. A Iguala, les voix brisent peu à peu la loi du silence. Les organisations d’autodéfense communautaire – la CRAC et l’UPOEG – continuent d’exhumer avec les familles des fosses jonchées d’ossements.

« Tout Mexico est une fosse clandestine », se désole le prêtre Alejandro Solalinde, inlassable défenseur des droits humains qui dirige l’Auberge pour les migrants des frères en marche, basée à Ixtepec dans l’État d’Oaxaca, « devant un narcoétat qui ne gouverne pas mais administre en faveur du néolibéralisme et punit la dissidence », les manifestations sont un « signe des temps », « une preuve irréfutable de la nécessité d’un changement ».

Gabriel, étudiant de dernière année à Ayotzinapa, confirme : « Les écoles rurales dérangent l’État parce qu’elles forment politiquement leurs étudiants. Mais les étudiants se sont toujours battus. Cette fois, nous disposons d’une solidarité internationale qui nous donne de la force. Nous voulons conscientiser la population, pour en finir avec la violence.

« Nous voulons que l’éducation change dans le pays, parce que le pays ne pourra changer que si l’on change l’éducation. »

Benjamin Fernandez – Journaliste
Heriberto Paredes  (Agencia Subversiones) – Photographe

LE DOSSIER PRÉCÉDENT:

4 Replies

  1. […] Mexique : la répression des écoles rurales « Altermondes. Chasing Bayla – Michael Moore's quest to save the right whale. Thirty meters,” Dr. Michael Moore called out. Moore braced himself against the steel of the Zodiac’s platform tower as the boat closed in on the whale in the heaving Florida waters. Through the rangefinder, he could see the tangled mass of ropes cinched tightly around her. It was impossible to tell where the ropes began and where they ended. This much he knew. The ropes were carving into her. He was tempted to look away. Her V-shaped spray erupted then disappeared into a mist as she slipped beneath the surface. “Get in close if you can,” Moore said to the boat’s driver. Bayla would come up for air again soon. Then he would have his chance. […]

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